A Moutiers, nous avons rendez vous avec Yves Paccalet, écrivain et philosophe, et qui fut membre de la commission sur le Partage citoyen initiée par le Centre Culturel Européen Saint Martin de Tours. Avec son épouse, nous réalisons une petit interview au bar tabac du coin. Il nous offre son dernier ouvrage, Sortie de Secours, dans lequel il préconise le partage comme l’unique moyen de garder la terre viable. Voici quelques fragements de notre rencontre.
Quel partage préconisez vous?
L’idée, c’est la prise en compte de la nécessité de partager les biens, les ressources naturelles. En stoppant cette course effreinée à la consommation qui est en train de piller la planète. Partager est la seule solution. Cela est possible si l’on apprend à maîtriser ses besoins. Il n’y a pas assez de terres cultivables, pas assez d’eau si l’on continue à vivre selon notre mode de vie. Il y a urgence, car d’ici quelques décennies les catastrophes écologiques, mélées au manque d’eau et de nourriture, pourraient mener à des situations critiques, voire à la guerre. Il faut réduire considérablement toute notre consommation d’énergie afin de permettre aux autres de vivre décemment. Les cinq cent personnes les plus riches possèdent autant que les cinq cents millions de personnes les plus pauvres, c’est une situation intenable et inédite dans l’histoire de l’humanité; même aux temps féodaux l’écart n’était pas si grand. Il faut que des lois internationales régissent de manière responsable la gestion des biens communs à l’humanité, c’est-à-dire l’eau, l’air , l’énergie, la nourriture, la faune , la flore… Cela passe à la fois par une démarche personnelle en se demandant ce qui est vraiment nécessaire, moins gaspiller et moins consommer, ainsi qu’une démarche collective pour mener tous les humains à regarder dans le même sens, à comprendre quel est leur intérêt commun. Est-ce d’épuiser toutes les ressources de la mer pour nourrir une surconsommation intenable à long terme? Ou , ne doit-on pas laisser le temps aux poissons et fruits de mer de se reproduire afin d’assurer la pérénité des espèces, des métiers de la pêche, d’une réserve alimentaire?
Comment appliquer ce partage, ces lois?
Cela ne peut être possible que par le biais d’un gouvernement mondial transnational, qui aura pour but de faire appliquer des restrictions pour les pays riches et de permettre aux pays émergents d’adopter une croissance responsable pour éviter de faire les même bêtises que les pays riches. L’important est qu’il soit élu democratiquement afin de pouvoir durer légitimement selon le principe: un habitant = une voix, ainsi que la garantie du droit des minorités, afin de ne pas sombrer dans le dictat d’un groupe, même majoritaire, sur un autre. Je sais que je suis dans le domaine de l’utopie; il n’en reste pas moins que c’est la seule manière de pouvoir rendre possible au niveau mondial la réduction de la consommation et donc la pérénnité de l’espèce. On pourrait prendre l’ONU comme base et lui donner des pouvoirs plus importants, notamment en matière d’écologie. Enfin, il est important de développer l’immatériel, le lien social, le plaisir de vivre avec les autres, afin de faciliter le partage. Il y a urgence. La prise de consience viendra inéxorablement, il faut juste espérer qu’elle ne vienne pas trop tard.
Nicolas

